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7 - Fragments 31-2

DES HOMMES ET DE LA MONNAIE

Les marchés financiers estiment les volumes de transactions quotidiennes, en francs,  à 11.000 Mds. sur les changes, 240.000 Mds. sur les produits dérivés,  60.000 Mds. sur les Fonds de pension et 140.000 Mds.  sur les obligations.

Cependant, en soi, les ordres de grandeur de ces marchés ne sont pas le plus inquiétant. C’est, selon H..Bourguinat (1), leur fonctionnement qu’il convient de scruter avec soin. Si les marchés permettent la transmission internationale de l’épargne, le risque de déstabilisation des économies existe, avec les ajustements qui s’en suivent. « C’est la dispersion des rendements entre l’investissement réel et les placements financiers qui pose un problème spécifique... Le problème est que l’intégration réelle est en retard sur l’intégration financière. La rentabilité de l’investissement réel est soumise à des contraintes qui n’affectent pas les capitaux ».

Capital physique et capital monétaire :

Il reste cependant à savoir, si a contrario, ce n’est pas l’intégration financière qui est en avance sur l’intégration réelle. Au nom de quelle valeur transcendante peut-on prétendre plier les hommes au rythme des marchés ?

En soulignant que le danger des marchés provient du fait que l’investissement réel comporte des contraintes qu’ignore l’investis-sement financier, la science économique avouerait-elle que depuis un siècle elle piétine devant la nature humaine ? Voici un siècle, en effet, que Silvio Gesell soulignait que le capital réel, physique, se déprécie par vétusté, à l’usage, exige des frais d’entretien et de conservation, tandis que le capital monétaire ignore ces contraintes induites et possède un avantage de fait sur celui-ci. Gesell envisagea ainsi un système de monnaie franche, fondante,  dans lequel la monnaie supporterait des frais de conservation semblables à ceux qui grèvent les autres marchandises. Il démontra ensuite que le taux d’intérêt monétaire ralentit et contrarie le développement du capital physique réel et soutint que l’élimination du taux d’intérêt permettrait le développement de ce capital réel.

Certes, notait Keynes, Gesell n’a construit qu’à moitié la théorie du taux de l’intérêt, et pour cette lacune, son oeuvre n’a pas retenu l’attention des milieux universitaires. Mais « il l’avait  suffisamment approfondie pour aboutir à une recommandation pratique qui, sans être applicable sous la forme qu’il a proposée, pourrait n’en contenir pas moins l’essentiel du remède nécessaire » (2) . Keynes estimait en effet que si l’intérêt que demande la monnaie était supprimé, il se reporterait sur des biens de substitution (or,, etc), tout en soulignant cependant que « l’avenir aura plus à tirer de la pensée de Gesell que de celle de Marx ».

Rendre le crédit social :

Si, de nouveau, le droit d’émission monétaire, et par conséquent du crédit, était exclusivement réservé à la Banque centrale, la suppression de l’intérêt serait réalisable. Les crédits nouveaux, seraient ainsi distribués de façon uniforme, à chaque citoyen, actif ou non actif,  sous forme de dividendes. C’est le principe du crédit social.

Ce volume de crédit social serait ensuite annulé par la reprise d’un volume monétaire identique auprès des fournisseurs de biens et services, tandis qu’un nouveau volume de crédit serait réinjecté en fonction de la croissance de la production. Périodiquement injecté puis annulé,  le volume de ce crédit social ne pourrait donc être thésaurisable ou venir gonfler des bulles spéculatives. Injecté pour servir l’écoulement de la production réelle, il est annulé après consommation. En d’autres termes, le capital  monétaire s’appréciera ou se dépréciera au même rythme que le capital réel.

La suppression de l’intérêt demandé à la création monétaire se reportera sans doute, comme le notait Keynes, sur des biens de substitution. Mais à l’inverse de la monnaie, le production de ces biens, parce qu’en libre concurrence,  pousse ses prix à la baisse.

Or, comme le soulignait récemment André Grjebine (3), un raisonnement de libre concurrence, valable pour le marché des biens et services, ne l’est pas pour les marchés des capitaux, car la monnaie n’est pas un bien comme les autres. « Son principal attrait réside dans sa rémunération. Par conséquent, la concurrence fait au contraire monter son prix (taux d’intérêt), condition de son attractivité ».

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1 : Université Montesquieu Bordeaux IV

2 : J.M. Keynes, Théorie Générale

3 : L’euro ou le triomphe des rentiers, Le Monde du 26 mai 1998.


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