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5 - Fragments 3O-1

OSONS LA PLANCHE A BILLETS

Nos lecteurs connaissent les travaux de J et ML Duboin, Y Bresson, I Fisher, M Allais, T Grjebine, A Grandjean et G. Galand dont les thèses sont susceptibles de se prolonger par  une application du crédit social.  
« Ecoute la France qui gronde » de J. Marcel  Jeanneney (1)  s’inscrit dans ce courant. L’auteur y soutient les principes d’une émission monétaire additionnelle  d’origine non bancaire et de sa distribution uniforme. Analyse et commentaires.
 

§ L’état d’esprit

Bien que les émissions supplétives de greenbacks aux Etats-Unis et de currency notes en Grande Bretagne furent réussies, les Français ne gardent comme expérience similaire que le souvenir amer des assignats révolutionnaires.

§ L’état des lieux

Le libéralisme souhaite rendre libres tous les acteurs de l’économie. Liberté des prix et des salaires. Liberté pour les entreprises d’émettre à leur gré actions et obligations, liberté d’accéder au marché des capitaux à court terme, liberté des banquiers d’émettre du crédit sans quota ni plafond. Liberté de transférer les capitaux, d’importer des marchandises.

Cependant, quelques contraintes persistent encore avec le Smic et les prélèvements de l’Etat, qui, en entravant le jeu des marchés, freinent la croissance.

Isolément, ces affirmations peuvent être fondées, mais elles n’en comportent pas moins des conséquences indirectes néfastes. Le libéralisme débridé semble ignorer la nature humaine, car « l’homme aspire à la sécurité, autant, sinon plus, qu’à la richesse ».

Avec la mondialisation, les gérants de capitaux, détenus par des fonds de pensions, surveillent les monnaies dans lesquelles les titres sont libellés. L’extension du libéralisme oblige le gouvernement de chaque Etat à ne pas inquiéter ces gérants et à respecter les règles que ces derniers considèrent comme propres à préserver la valeur d’une monnaie, quand bien même cela entraverait la croissance économique du pays en cause.

Si l’instabilité monétaire favorise la spéculation, l’actuel système de changes flottants est, en partie, responsable du ralentissement de la croissance intervenu en France depuis 1974. Il constitue une menace pour l’avenir. Malheureusement, pour établir dans le monde un système de changes fixes, voire ajustables, il faudrait l’accord actif des Etats-Unis. 

§  Les faux bergers

Certains préconisent d’accroître la demande par une revalorisation salariale ou une diminution du temps de travail. « Mais les salaires ne sont pas seulement des revenus, ce sont aussi des coûts ». « La réduction de la durée de travail répond sans nulle doute à une  aspiration des hommes, mais vouloir l’imposer d’une façon autoritaire, c’est s ’imaginer que le nombre d’heures de travail accomplies actuellement dans notre économie est une donnée fixe . 

Quand les épargnants augmentent leur épargne alors que les investisseurs se dérobent, les débouchés des entreprises se réduisent, et l’Etat doit substituer ses propres dépenses à celles du secteur privé.... Mais le financement de ses dépenses réduit le pouvoir d’achat disponible. En France, au budget de l’Etat 1996, le service de la dette atteint 226 Mds. F, soit 16 % des recettes fiscales. C’est donc à réduire, voire supprimer les déficits publics qu’il conviendrait de s’employer.... « Le seul remède est de tout faire pour accélérer la croissance. Elle seule peut permettre d’accroître les recettes fiscales sans élever les taux d’imposition ».

En outre, à supposer que l’on obtienne de la Banque de France (BDF) qu’elle baisse ses taux d’intervention sur le marché monétaire pour faire fuir des capitaux de France et ainsi déprécier le franc, ce serait ouvrir le couvercle de la jarre de Pandore, s’accompagnant de fortes hausses des prix et des taux d’intérêt à long terme, s’accompagnant de revendications salariales et de dévaluations compétitives des monnaies voisines.

§ Quelle solution ?

- Une monnaie non bancaire.

Parmi les facteurs récurrents des cycles économiques, un seul facteur est omni-présent : les stocks, dont l’accumulation excessive annonce une récession tandis qu’une forte diminution permet d’espérer une reprise.

Partisan d’une « seule monnaie » dans l’Union Européenne, J. M. Jeanneney n’en reconnaît pas moins qu’il est utile, mais non sans danger, « que soient émises des monnaies d’autre source que bancaire ». Il considère nécessaire, « à condition d’entourer l’opération de garde-fous, d’émettre de la monnaie ex nihilo sans aucune créance en contrepartie ».

Il s’agirait de fournir aux ménages un pouvoir d’achat supplémentaire, qui n’alourdisse en rien les coûts de production. Mais cette monnaie ne pourrait être remise au Trésor, ce que les accords européens interdisent.

J. M. Jeanneney estime que l’offre peut répondre à cette demande accrue d’autant que selon l’Insee, les capacités de production des entreprises ne sont utilisées qu’à 85 % alors que les investissements sont inférieurs de 20 % à ce qu’ils étaient en 1990.

Si la charge de la décision d’émission de cette monnaie doit revenir au Conseil de la politique monétaire de la BDF, il est cependant nécessaire qu’une loi l’y habilite, l’autorisant à inscrire à l’actif de son bilan une ligne intitulée « émissions faites en application de la loi du ... ».

- Une distribution directe

De plus, cette monnaie devrait aller directement aux habitants du territoire français pour deux raisons, juridique (1) et économique (2) :

1) car la BDF ne peut remettre des ressources à des organismes publics, ni à des personnes privées qui en reçoivent normalement de l’Etat, ce qui indirectement reviendrait à accorder des subventions.

2) car aucune catégorie sociale ne doit être favorisée plus qu’une autre afin de ne pas perturber le fonctionnement des marchés.

« Le mot capitation désignant un impôt uniforme prélevé par tête d’habitant, l’allocation versée serait une capitation inversée ».

1000 ou 2000 frs. seraient versés à toute personne résidente, quel que  soient son âge et ses revenus. La BDF se réserverait le droit de renouveler ou non l’opération si la conjoncture le demande.

La simplicité de cette répartition uniforme serait bienvenue tandis qu’elle serait plus élevée pour les familles nombreuses.

2000 Frs alloués à chaque habitant en 1997 correspondaient à une injection monétaire de 120 Mds, soit 2 % du PIB marchand (2).

La baisse des taux d’intérêt à court terme provoquée par cette émission monétaire pourrait être combattue « par une variation des taux directeurs de la BDF ou une réactivation du système des réserves obligatoires ».

Evidemment, dans le cadre de l’Union Européenne, la décision d’émettre cette monnaie reviendrait à la Banque centrale européenne et sa répartition serait le fait des Banques centrales nationales.

- Dividende et capitation inversée

Nous pouvons sans doute regretter que le ministre du général de Gaulle ne précise pas outre mesure les « gardes fous » entourant les émissions monétaires, ni l’amplitude de la « réactivation des réserves obligatoires » qu’il propose, d’autant que ces injections, en générant des dépôts, mulitiplieraient les potentialités de crédit bancaire ex nihilo.

Cependant, en donnant deux raisons « orthodoxes » au mode de distribution uniforme de cette monnaie, J. M. Jeanneney rejoint l’objectif « hétérodoxe » de C.H. Douglas pour qui il convenait de convertir la dette en dividende.

Janpier Dutrieux

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1 : Ecoute la France qui gronde (Arléa 96)., J. Marcel Jeanneney, ancien ministre, fondateur de l’OFCE.

2 : Les hypothèses  et conséquences de cette injection ont été testées sur les modèles d’économétrie Mosaïque et Mimosa de l’OFCE


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