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44 - Fragments 53-1

 

Richesse de la France et richesse des Français 

Deux récentes études de l’INSEE et de la Banque de France 1 sont consacrées à l’évolution de la richesse de la France et des Français. Toutes deux soulignent l’accrois-sement des actifs financiers par rapport aux autres éléments patrimoniaux et en soulignent la progression par les effets de la valorisation des actifs financiers.

Définition du patrimoine :  Les comptes de patrimoine de la comptabilité nationale recensent les actifs et passifs économiques sur lesquels des droits de propriété peuvent être exercés, qu’ils soient non financiers (terres, infrastructures, équipements productifs, actifs incorporels) ou financiers. Le capital humain et le capital écologique n’apparaissent pas dans les comptes nationaux. Ils ne sont évalués que si des informations statistiques et économiques les concernant existent, ce qui n’est pas le cas du patrimoine en monuments historiques, par exemple.

La valeur nette de dettes du « patrimoine national » est constituée par l’actif non financier et le solde entre l’actif et le passif financiers.

Cependant, l’analyse de la valeur du patrimoine des secteurs institutionnels diffère de cette définition. Si les ménages sont les propriétaires ultimes de leur patrimoine, les sociétés sont considérées être la propriété des agents qui détiennent le capital.

 La valeur des sociétés se fonde sur l’écart entre la valeur de leurs actifs, déduction faite de leurs dettes, et la valeur des actions qu’elle ont émises. La  valeur nette négative des sociétés indique par conséquent que le marché a survalorisé sa valeur actionnariale par rapport à la valeur des autres actifs du bilan. Par ailleurs, il est probable, souligne l’Insee, que les ménages sous valorisent leur patrimoine par méconnaissance ou par méfiance. Par contre, la possession de l’or et l’encours des prêts à court terme ne sont pas retenus dans le patrimoine des ménages.

 

1 - Le patrimoine national de la France.

 

I - Patrimoine des secteurs institutionnels en 2000                                                  
 
(en milliards d’euros)

 

Economie nationale

Ménages

Sociétés Non Financières

Sociétés

Financières

Administrations

Publiques

Actifs Non Financiers

5889

2950

2020

128

799

Actifs Financiers

13349

3280

3324

6186

519

Ensemble des Actifs

19248

6230

5344

6314

1319

Passifs Financiers

13256

639

5815

5757

1036

Patrimoine Financier National

93

2641

-2492

429

- 517

Patrimoine  National

5992

5591

- 472

557

282

 

Le patrimoine national d’un pays se compose de tous les actifs sur lesquels des droits de propriété peuvent être exercés, soustraction faite des dettes. Ainsi, en France, fin 2000, les actifs économiques dont financiers, s’élevaient à 19248 milliards d’euros, et les passifs à 13256 milliards, soit un patrimoine net de 5992 mds. d’euros (39.305 milliards de francs), ou 4,3 ans de PIB contre 4 fin 1995.

Le patrimoine des ménages moyen par Français s’élève, pour une population estimée à 61 millions, à  91655,73 euros (601.222 frs).

Le patrimoine national moyen par Français, qui incorpore le patrimoine de tous les secteurs institutionnels, s’élève, par contre, à 98229,5 euros (644.344,26 francs).

Au sein de ce patrimoine, les actifs non financiers s’élevaient à 5899 mds. d’euros et le patrimoine net détenu sur le reste du monde à 93 mds.d’euros.

Le patrimoine non financier, c’est-à-dire les Actifs Non Financiers (ANF),  est composé de 35 % de logements (y compris la valeur des terrains), 31 % d’actifs fixes productifs (machines, moyens de transport, infra-structures), 24 % de terrains, 6 % de structures et d’actifs incorporels (brevets, logiciels).

Le patrimoine financier, c’est-à-dire le solde entre l’actif financier et le passif financier, est détenu sur le reste du monde. Il a doublé de 1995 à 2000, passant de 45 à 93 mds. d’euros. Il exprime les excédents des échanges extérieurs, notamment « la vigueur des achats de titres étrangers ».

2- Les actifs dans les patrimoines.

II -Variation du patrimoine national  1995-2000                  (en milliards d’euros)

en  mds. d’euros

1995

%

2000

%

Actifs Non Financiers (ANF)

4722

99,05

5899

98,44

Actifs Financiers (AF)

7621

159,86

13349

222,78

Ensemble Actifs

12343

258,92

19248

321,22

Passifs Financiers  (PF)

7576

158,92

13256

221,22

Patrimoine Financier Net (PFN)

45

0,94

93

1,55

Valeur nette des ménages

3690

77,40

5591

93,30

Valeur nette des sociétés non financières

645

13,53

- 472

- 737

Valeur nette des sociétés financières

179

3,75

557

9,29

Valeur nette des administrations publiques

234

4,90

282

4,70

Patrimoine national  (ANF + PFN)

4767

100

5992

100

en % du patrimoine national               Sources I et II :  comptes nationaux, Insee,

Les ménages : Le patrimoine des ménages constitue l’essentiel du patrimoine national : 93,30 % en 2000.

En fin 2000, les ménages déte-naient 6230 mds. d’euros d’actifs, soit 7 fois le Revenu Disponible Brut (RDB), en incluant les actifs des entrepreneurs individuels. La croissance des actifs non financiers fut de 124,92 % sur 5 ans alors que celle des actifs financiers atteignit 175,16 % (cf. tableau II).

Le patrimoine non financier des ménages se composait en 2000 de 57 % de logements, de 26 % de terrains sous-jacents, soit 83 % de logements au sens large.

Depuis 1995, les actifs financiers constituent plus de la moitié des avoirs des ménages. Leur patrimoine financier (actions et OPCVM) a augmenté de 18 % l’an de 1995-2000.

En fait, ce sont les plus-values sur actions (62 % des plus values totales) qui accroissent la valeur des actifs financiers des ménages.

La possession d’actions représentait 20 % de leurs actifs à long terme en 2000 contre 10 % en 1995 ; les contrats d’assurance-vie 12 % contre 10 % alors que les dépôts à vue et placement à vue (M2) des ménages ne couvrent plus que 13 % contre 16 % en 1995.

Le passif du bilan des ménages a suivi la même progression que son actif, en augmentation de 174,17 % sur la période. Cette croissance traduit l’augmentation de l’encours des crédits des ménages qui fait monter leur taux d’endettement bancaire de 52,4 % du RDB en 1995 à 54,6 % en 2000.

Les entreprises : Les actifs réels des sociétés non financières (SNF) représentaient 2020 mds. d’euros en 2000, leurs actifs financiers 3324 mds. d’euros, soit un rapport de 6/10

Leurs actifs réels étaient composés en  2000 de 65 % du capital productif (bâtiments, machines), 15 % de stocks, 15 % de terrains, et 6 %  de brevets, fonds de commerce

Leurs actifs financiers ont augmenté de 16 % l’an sur ces 5 ans, de 27 % l’an pour les actions, conséquence des évolutions boursières.

Le fait marquant depuis 1995 est la valorisation des actions qui accroît la valeur de leur passif financier puisque ces actions ne leur appartenant pas, elles s’interprètent comme des dettes. La valeur nette des SNF est ainsi devenue négative passant de + 645 mds. d’euros à - 472 mds.  d’euros.

Les sociétés financières : A contrario, la valeur des actifs des sociétés financières a doublé en 5 ans, conséquence des effets de valorisation boursière des actions dont elles sont détentrices.

Les administrations publiques : Avec 1319 mds. d’euros, les administrations couvrent 7 % de l’ensemble des actifs nationaux bien qu’une grande partie du domaine public ne soit pas valorisé (monuments, œuvres d’art, rivages maritimes). En augmentation de 3,5 % l’an sur la période 1995-2000, les actifs des administrations sont composés pour 60 % d’actifs non financiers (infrastructures, notamment gérées par les administrations locales, bâtiments, terrains) et pour 40 % d’actifs financiers, dont 16 % d’actions (12 % en 1995) essentiellement détenues par l’Etat.Avec 1036 mds. d’euros, le passif financier des administrations atteint 1,99 fois son actif.

Si la mise en place de la structure de défaisance du Crédit Lyonnais , en 1996, fit progresser la dette des administrations de 6 % l’an, cette progression est de 3 % l’an depuis 1997. La dette sous forme de crédit diminua de 28 % depuis 1995, mais les émissions de titres progressèrent de 47 % sur la même période.

Cette modification du mode de financement des administrations résulte pour une grande part de la réforme financière des années 1985-86 qui favorisa le financement par recours aux marché financiers et aux fonds propres au détriment de l’intermédiaire bancaire 2

Remarques : Enfin, soulignons, puisque l’INSEE ne le fait qu’implicitement, l’augmentation des écarts de développement des actifs et passifs financiers et des actifs non financiers. Le tableau ci dessous indique l’indice de progression de chaque agrégat patrimonial, après en avoir rappelé la valorisation, sur une base 100 en 1995.

 

III - Indice de progression des agrégats patrimoniaux

 

Capitalisation

Indices

 

1995

2000

1995

2000

Actifs Non Financiers

4722

5899

99,05

123,74

Actifs Financiers

7621

13349

159,86

280,20

Passifs Financiers

7576

13256

158,92

278,07

Patrimoine National

4767

5992

100

125,69

 

3- Le patrimoine des Français

Les réflexions précédentes sur les évolutions respectives des actifs financiers et des actifs non financiers du Patrimoine national sur 5 ans s’inscrivent dans un mouvement plus ancien. Ainsi, le patrimoine brut des ménages qui était composé à 75 % d’actifs non financiers et à 25 % d’actifs financiers en 1978,  était constitué de 50 % d’actifs financiers en 2000. Sur 25 ans, ce patrimoine est passé d’une valeur de 4 ans du revenu disponible brut (RDB) des ménages à 7 ans. Le patrimoine non financier des ménages égal à 3 ans de RDB  reste stable surhhhhhh l’ensemble de la période. Par contre, le patrimoine financier s’accroît régulièrement pour couvrir 50 % du patrimoine total en 2000 contre 33 % en 1978. Ces évolutions sont « fortement corrélées avec celles des indices boursiers » souligne la Banque de France.

 

IV - Répartition des flux de formation des actifs

 

1978-1983

1983-1989

1990-1996

1997-2000

Placements financiers

50,9

53,9

54,6

56,9

Investissements non financiers

49,1

46,1

45,4

43,9

Comme pendant la même période, le taux d’épargne financière est très inférieur au taux d’épargne non financière (20 % de l’épargne totale en 1990), la croissance du patrimoine financier des ménages s’explique par un effet mécanique de hausse des actifs financiers détenus par les ménages consécutive aux valorisations des marchés, notamment boursier.

Le taux d’épargne financière est constitué par le solde entre les flux de placements et ceux de l’endettement, mais comme l’endettement est souvent contracté pour financer des acquisitions immobilières, il est préférable de comparer le taux d’épargne non financière avec un taux de placements financiers.

La part des actifs à long terme, non financiers (immobilier) et financiers (actions, assurance-vie), dans le patrimoine des ménages, passe, à partir de 1985, de 60 % à plus de 70 % en 2000. La part des actifs immobiliers décroît régulièrement alors qu’après 1985 le poids des actions passe de 6 % à 20 %, et que plus récemment la part des produits d’assurance-vie atteint 12 %.

Nous retrouvons là les conséquences de la réforme du mode de financement précité de notre économie 2.

4- L’évolution du patrimoine  financier des ménages.

La structure du patrimoine financier des ménages a sensiblement évolué sur 25 ans. Toutefois, avant de l’analyser, il convient d’identifier les  deux causes qui ont modifié les parts respectives des actifs, d’une part, des flux de placements, d’autre part, les effets de valorisation.

La part des actions dans le patrimoine financier est passé de 20 % à 33 % essentiellement par des effets de valorisation, alors que les parts des OPCVM 3, notamment en actions, éligibles au PEA (Plan Epargne en Actions), produit particulièrement apprécié,  et des assurances-vie, ont augmenté par des flux de placement, au détriment des obligations et des liquidités 4 qui passent de 60 % en 1978 à 25 % en 2000. Il convient de souligner la prépondérance des actions non cotées détenues par les ménages, considérées en principe comme un investissement dans l’outil de production.

Au sein des liquidités 4, les dépôts à vue restent relativement stables de 20 % à 25 %,  les placements à vue (livrets d’épargne) qui couvraient 40 % jusqu’en 1988 tombent à 30 % comme les placements à terme qui passent de 22 % à 5 % de 1978 à 2000.

Pourtant, bien que la part des valeurs mobilières s’accroÎt dans le patrimoine des ménages, sous l’effet des valorisations, la part des titres que les ménages détiennent dans l’ensemble de la capitalisation boursière diminue, qu’il s’agisse des actions, des obligations, des OPCVM monétaires ou en actions. Les valorisations actionnariales créent ici un effet d’optique trompeur.

Le passif du patrimoine financier  des ménages est constitué par le stock d’endettement. Sa progression est continue. Alors que pendant longtemps, le Français manifestaient de la réticence à s’endetter, il sembleraient que leur comportement rejoint aujourd’hui celui des ménages anglo-saxons. Par contre, la croissance de leur endettement est parallèle à l’accroissement de leur patrimoine. Les Français empruntent quand ils s’enrichissent, et n’hésitent plus à s’endetter pour investir, dans l’immobilier, certes, mais également en produits financiers.

Ce comportement procyclique favorise la récession en temps de stagnation et l’emballement boursier en temps de prospérité.  Peut-on raisonnablement croire que le crédit a cette vocation ?

Janpier Dutrieux

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1- Le patrimoine national entre 1995 et 2000, Insee première, sept. 2001, n° 804, 25 ans de richesse des ménages, Bulletin n°97 de la Banque de France, janv. 2002.
2- . Selon J. Richard Hicks, nobel 1972, qui  distingua ces deux modes de financement, dans une économie d’endettement, le financement de l’économie est assuré par recours au crédit par l’intermédiation des établissements financiers, par contre, dans une économie de marchés financiers, le financement de l’économie est directement assuré par l’émission de titres sur le marché.

3- OPCVM, Organismes de placement collectif de valeurs mobilières.
4 - En comptabilité nationale, les liquidités sont les placements et dépôts effectués auprès d’un intermédiaire financier (dépôts à vue, placement à vue et à terme, épargne contractuelle).  Ils ne sont donc pas forcement liquides, au sens courant du terme


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