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40 - Fragments 49-2

Valeur d’usage et légitimité de la dépense publique 

L’une des critiques libérales les plus fréquentes concerne le niveau trop élevé des prélèvements obligatoires qui assurent le fonctionnement des administrations publiques et la redistribution sociale. Selon celle-ci, les prélèvements étouffent le dynamisme économique, réduisent la demande de consom-mation et d’investissement, détournent des ressources qui seraient mieux utilisées par des agents privés.

Mais, inversement, ces prélèvements ne sont que la contrepartie des services publics et de la protection sociale. Il n’est démontré nulle part que le secteur privé satisferait dans les mêmes termes qualitatifs et égalitaires de péréquation et d’équité répartitif aux besoins et à la demande des biens et services d’intérêt collectif. Il n’est pas démontré davantage que les agents travaillent plus pour payer ces prélèvements, ou travaillent moins pour ne pas les payer.

Pour analyser la dépense publique, Jean Marie Harribey (Bordeaux IV) propose une interprétation néo keynesienne de l’intervention publique :

Nous savons qu’il y a deux catégories d’agents producteurs, privés et publics.

1- Les agents privés décident d’investir quand ils anticipent des débouchés. Ils investissent, paient des salaires. La vente valide l’anticipation, la mévente la sanctionne.

2- Les agents publics anticipent l’existence de besoins collectifs. Ils investissent et paient des salaires. Mais la validation est effectuée ex-ante par la décision collective et se confond avec l’anticipation.

Dans les deux cas, l’injection de monnaie (salaires, investissements publics et privés) autorise le déclenchement du processus productif. Les salaires autorisent l’achat de biens privés, l’impôt, la  consommation de biens publics. L’anticipation des services publics et leur production par les administrations publiques précèdent donc logiquement leur « paiement » de type collectif par les usagers.

J. M. Harribey souligne alors que « les services publics ne sont pas fournis à partir d’un prélèvement sur quelque chose de préexistant. Autrement dit, les impôts de N paient les dépenses publiques de N – 1 (ou pour le moins la décision de produire), et ainsi de suite.

Il est donc faux de dire que l’investissement public évince l’investissement privé.

Dire que les salaires des fonctionnaires sont payés grâce à une ponction tirée des revenus de l’activité privée n’a donc pas plus de sens que de dire que les salaires privés sont payés grâce à une ponction sur les consommateurs.

L’économie capitaliste peut être considérée comme un circuit  entre les actes issus d’une décision privée et d’une décision publique. Mais la demande de biens publics n’est qu’implicite, son refus est nourri par les inégalités devant l’impôt.

Pourtant, selon les libéraux, seule la production par le marché est légitime, car elle seule produit de la valeur. Mais quelle valeur ? « Il s’agit de valeur contenant un profit pouvant être approprié par des personnes ou groupes privés ».Or, l’activité publique ne produit pas de valeur marchande mais seulement de la valeur d’usage dont des « externalités positives pour la valeur d’échange «  (par exemple le RER au Parc Disney). La marchandisation du monde est en bonne voie.


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