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37 - Fragments 48-2

 

  QU’EST CE QUE LA RICHESSE ?
ou la mesure qualitative de la croissance

La décennie 1960 créa, en moyenne annuelle, 164.000 emplois nets, pour une croissance économique de 5,6 %. La décennie 1970 en créa 95.000 pour une croissance de 3,6 %. Puis de 1980 à 1994, il n’en fut créé que 90.000 pour une croissance de 1,9 %.La corrélation entre taux de croissance et taux de chômage est rompu depuis. De 1994 à 2000, la création annuelle d’emplois fut de 172.000  emplois pour 2,3 % de croissance.Pourquoi ? L’inversion de cette relation entre emploi et croissance est souvent expliquée par la réduction des gains de productivité par emploi (conséquence notamment de la réduction du temps de travail) qui, inversement, engendre un enrichissement en emplois de la croissance. Cette hypothèse conduit à penser que la productivité est sacrifiée au profit du partage de l’emploi.

Une autre hypothèse est présentée par Jean Gadrey (Lille 1) (1). Selon lui, les outils de mesure de la production, et par conséquent de la croissance, sont devenus obsolètes et ne rendent plus compte de nos représentations de la richesse aussi bien quantitative que qualitative, comme le démontre Dominique Méda (2). Par exemple, des activités aussi ancestrales que le commerce de détail se sont enrichies de services difficilement mesurables, de sorte que l’on mesure toujours la croissance du volume des biens vendus et non de la croissance du volume des services rendus. Certaines activités marchandes ont une productivité qui semble stagner depuis le début du siècle, comparativement à certains produits industriels, cependant elles se sont enrichies en services connexes pour un même prix de vente (dans la coiffure : qualité de l’accueil, de la prestation…).Si la prestation s’enrichit en service pour un même prix de vente, les gains de productivité et la croissance régressent mécaniquement. : Ce n’est donc pas la productivité qui décroît, c’est la pertinence de ce concept qui décline. 

Explication théorique

1 - Imaginons une séparation des tâches de chaque poste de travail, et donc de l’économie, entre A et B avec :
A : tâches automatisées (ou potentiellement), connaissant de forts gains de productivité, estimés à 8 % l’an,
B : tâches à forte dimension relationnelle, cognitive, peu ou pas automatisées, sans productivité en volume, même si la qualité y progresse.

2 - Supposons que les tâches A passent de 50 % en 1970 à 30 % en 2000 de l’ensemble de la production (PIB). (Signalons ainsi que relativement à la population active, il y avait 13 % d’actifs agricoles en 1970 contre 4 % en 2000, 37,3  % d’ouvriers en 1975 contre 27,2 % en 1995, il y eut également une réduction draconienne des tâches tertiaires concernées par l’automatisation).

3 - Il en résulte que le taux de croissance de la production de ce modèle passe mécaniquement de 4 % en 1990 à 2,4 % en 2000, sous le seul effet de la transformation de la structure des tâches, dès lors que les techniques de mesure n’enregistrent pas les transformations qualitatives dans les tâches non mécanisables.

La richesse ne prend plus la forme d’un flux quantitatif, de type tayloriste, elle ne peut donc se mesurer avec les instruments actuels. Il y a accroissement de richesse, mais aucune croissance n’est enregistrée par les instruments de mesure.

Cette déficience justifie pleinement la mise en place de nouveaux instruments de mesure de la production, comme ceux, notamment,  initialisés par Amartya Sen (3).

Janpier Dutrieux

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1- Le Monde (18/04/01)
2- Qu’est le que la richesse, D. Méda, Flammarion 2000.
3- Cf. Cahier de FRAGMENTS N° 15.

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