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30 - Fragments 44-1

 

FLUX SPÉCULATIFS ET ORDRE FINANCIER

1- La Taxe Tobin

La proposition de taxation des transactions financières internationales, émise par le prix Nobel 1981 James Tobin, avait pour objet de renforcer le contrôle des Etats devant les mouvements erratiques de capitaux spéculatifs. Il s’agissait d’appliquer une taxe à toutes les transactions de devises, à un taux relativement faible, de l’ordre de 0,25 %, afin de freiner les mouvements spéculatifs de capitaux.

Fer de lance de l’Association pour la Taxation des Transactions et de l’Aide Citoyenne (ATTAC), elle cristallise autour d’elle une grande majorité des opposants à la mondialisation.

Cette taxe, de l’ordre de 0,003 % à 0,25 % dans les versions les plus récentes,  permettrait, selon ATTAC, de dégager des fonds pour le développement du Tiers Monde, d’éviter les mouvements de capitaux déstabilisateurs pour les pays émergents, de combattre la spéculation.

Cependant un rapport de la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale d’août 2000 vient de souligner les difficultés d’identification des capitaux spéculatifs dans les flux d’échanges financiers et souligne l’application de cette taxe exigerait un accord unanime de tous les Etats et une surveillance internationale peu réalisable. A défaut, sa mise en place délocaliserait. les opérations de change et “ pourrait entraîner une évasion généralisée vers des territoires non coopératifs et avoir pour résultat paradoxal de renforcer les places financières off shore ”, souligna le ministre des finances.

Ce rapport préconise ainsi d’atteindre cet objectif par d’autres moyens, notamment en mettant en oeuvre une libéralisation financière ordonnée, en éliminant les “ hors normes ” de la finance internationale, en renforçant le FMI ”, thèmes récurrents depuis l’instauration des changes flottants...

Nous ne pouvons que souscrire à l’idée de mettre en oeuvre une libéralisation financière ordonnée. Celle-ci ne peut cependant passer que par une réforme du système monétaire international, l’abandon des changes flottants, et le retour à une couverture intégrale des dépôts bancaires

2- Une monnaie d’ancrage internationale stable.

Il faut en effet se souvenir que les changes fixes furent critiqués parce qu’ils nécessitaient des ajustements fréquents, voire continus, qui pouvaient encourager la spéculation. Les changes flottants furent adoptés en 1976. Or, le volume d’échanges quotidien des devises qui s’élevait à 20 Mds.$  en 1973 à la fin du système de changes fixes, atteignit 200 Mds $ en 1986 et 1300 Mds.$ en 1995, soit le 1/40e du montant des actifs financiers mondiaux.

Comme les variations intempestives, imprévisibles et fréquentes des taux de change ont  pu le démontrer depuis, le marché fut cependant incapable de corriger les déséquilibres des cours.

Les changes fixes furent abandonnés parce qu’il devenait impossible d’assurer avec le même instrument monétaire d’ancrage international, le dollar, une régulation interne (stabilité des prix aux Etats-Unis) et une régulation externe dans les échanges internationaux.

Afin de surmonter ces limites, Jacques Riboud [1] constata qu’il convenait de dissocier ces deux régulations interne et externe, avec pour chacune d’elle, un instrument monétaire approprié. Avec la mise en place de l’euro, il proposa la création d’ ”une unité d’ancrage et de référence internationale qui puisse stabiliser les changes ”.Il s’agissait de l’eurostable – ou euroconstant – dont la vocation serait de devenir l’étalon monétaire recherché depuis l’abandon de l’étalon or.

La valeur de l’eurostable pourrait être celle de son jour d’origine (par exemple, date de la création de l’euronominal), multipliée par l’indice des prix. La conversion d’une devise en eurostable s’obtiendrait donc en multi-pliant son cours en euronominal par l’indice des prix.

L’eurostable serait créé par la BCE et les banques secondaires membres du réseau européen en contrepartie d’euronominaux ou de devises convertibles, mais les banques secondaires devront en assurer une couverture intégrale car la BCE n’assurera pas de prêt de dernier ressort. L’eurostable ne pourra donc pas être créé ex nihilo.

Comme d’importantes disparités existent entre plusieurs zones économique, d’autres monnaies d’ancrage à vocation internationale pourraient  également se concevoir (yen stable, dollar stable) et fonder les socles d’un nouveau système monétaire international.

3 – La couverture intégrale des dépôts bancaires

La limitation des mouvements financiers erratiques, si elle est souhaitable, n’interdirait pas pour autant la formation de stocks de capitaux spéculatifs. Ces stocks de capitaux gonflés de crédits ex nihilo, enchérissent  la valeur virtuelle des actifs financiers. Or, le gonflement  de ce stock ce capitaux est artificiel,  car il  n’a pour contrepartie que des titres d’endettement. Cette masse de capitaux, souvent comparée à une bulle, peut tôt qui tard se dégonfler. C’est pourquoi ces bulles financières ne sont pas uniquement dangereuses parce qu’elles sont erratiques mais surtout parce qu’elles existent.

En effet, c’est parce que les  Banques centrales n’exigent plus des banques secondaires une couverture intégrale  de leurs dépôts, que ces dernières peuvent émettre des  volumes de crédits bien supérieurs à leurs épargnes, qui viennent entretenir la spéculation au détriment du circuit de la production et de la consommation.

Le retour à un taux  de couverture intégrale de tous les dépôts bancaires interdirait la création de crédits ex  nihilo par les banques secondaires. Il  réduirait par conséquent les flux spéculatifs, mais augmenterait le pouvoir de régulation de la Banque centrale qui pourra alors contenir la monnaie dans le circuit de la production et de la consommation.

J.D

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1: Jacques Riboud, “ Un mécanisme monétaire avec l’euroconstant (l’Eurostable). Collection de la revue politique et parlementaire, 1996).

 


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