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25 - Fragments 41-2

 

Financée sur crédit ex nihilo, l’économie américaine accroît les risques de krach boursier.

La Réserve Fédérale américaine (FED) a relevé le 2 février de 0,25 % ses deux principaux taux d’intérêt, portant ses taux interbancaire à 5,75 % et d’escompte à 5,25 %, afin d’éteindre les risques d’une reprise de l’inflation. Elle pourrait encore relever ces taux dans les prochains mois, lors des réunions de son comité monétaire le 21 mars, et en mai, pour atteindre 6,25 %.

La FED souligna à cette occasion que “ l’augmentation de la demande continue à excéder l’accroissement de l’offre potentielle, même en tenant compte de la hausse de la productivité ”.

Le fait est que l’économie américaine “ n’a jamais montré une telle prospérité pour la moitié des américains ” après près de 2 ans de croissance portée par les secteurs de l’informatique et des télécommunications, socles de la “ nouvelle économie”.

De son côté, la BCE a relevé le 3 février à 3, 25 %(+ 0,25) son principal taux directeur pour étouffer des risques d’inflation importée, “ afin d’assurer la longévité de la croissance ”. En Europe, la croissance des encours de crédit aurait été trop soutenue (10,5 %) ces derniers mois. Sur les marchés financiers, les taux d’intérêt à long terme, qui incorporent les prévisions d’inflation à 10 ans, ont baissé.  

Nouvelle économie et spéculation.

Pourtant, le président de la FED, Alan Greenspan ne croît pas à la thèse de la “ nouvelle économie ” dans laquelle grâce à la mondialisation et aux innovations technologiques, la croissance serait illimitée. Mais, le décalage virtuel entre économie réelle et nouvelle économie de haute technologie s’accroît toujours davantage depuis le début de l’année. Ainsi, après 9 années consécutives de croissance de la Bourse de New York, la perspective d’un ralentissement de l’économie américaine et la hausse des taux d’intérêt ont entraîné à la baisse, sur quelques semaines, une majorité de valeurs composant l’indice Dow Jones (- 9,3 % sur 6 semaines), alors qu’inversement les valeurs de Nasdaq (marché électronique où sont cotées des valeurs d’Internet), progressaient encore (+ 8 % en 6 semaines). Cet écart justifie l’existence d’un décrochage entre l’économie réelle et la “ nouvelle économie ” des techniques de l’information..

L’effet richesse

Alan Greenspan est rejoint dans ses appels à la prudence face à la spéculation des valeurs Internet par Artur Levitt, président de Securites Exchange Commision, l’organisme américain chargé de la sécurité des investisseurs, qui dénonce “ l’achat d’actions à crédit, très en vogue outre-atlantique, notamment de société Hight tech dont les cours n’ont rien à voir avec la réalité ”.

Depuis mars 1991 la valeur des actions américaines cotées a augmenté de 11.000 mds. $ (72.000 mds. F, près de 10 fois le PIB français). Cet effet “ richesse ” alimente de façon continue l’activité en soutenant la consommation des ménages. et l’investissement des entreprises. Peut-il encore se prolonger longtemps ?

Si l’on en croit les avertissements des banquiers centraux et des autorités financières mondiales, les risques de déflation des actifs boursiers, voire de krach, s’accroissent.

Pour gagner des marchés, les banques accumulent des créances qui pourraient vite se révéler douteuses.

Selon Michel Camdessus, directeur en partance du FMI, le déficit de la balance extérieure américaine présente des risques pour la stabilité du système financier international. Il traduit “ le symptôme d’une situation dangereuse et insatisfaisante, à savoir l’insuffisance du taux d’épargne aux Etats-Unis ”.

Le taux de l’épargne individuelle américaine de 8,7 % en 1992 est descendu à 3,7 % en 1998 et à 2,4 % en 1999.

Si la dette publique diminue, la dette privée s’accroît, de moins 90 % du PIB en 1994 à plus de 100 % en 1999. En pourcentage de leur revenu disponible, la dette des ménages américains est passée, en moyenne, de 65 % en 1985 à près de 100 % en 1999. La dette extérieure s’est aussi accrue au rythme de un milliards de dollars (6 mds. F) par jour vis à vis de l’étranger (P.Blanqué, Paribas) pour financer l’expansion américaine.

Si ce flux ralentit, les déficits courants ne seront plus financés, le dollar baissera puisqu’il aura moins de devises en contrepartie. Le maintien de sa parité exigera le redressement des taux d’intérêt, rendant plus cher le crédit, ce qui peut précipiter la chute de la Bourse qui rendra illusoire le remboursement des créances et provoquera à son tour un étranglement du crédit provoquant des dépressions économiques en série.

Pour autant, la volonté de mettre fin à “ l’exubérance irrationnelle des marchés ” et de dégonfler en douceur la bulle financière peut expliquer le calendrier de hausses à venir.

Le FMI préteur en dernier ressort contraint ?

Intervenant devant la Conférence des nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) à Bangkok, Michel Camdessus a averti une nouvelle fois les pays membres du risque d’une nouvelle crise financière .

On me rétorquera qu’un risque n’est que potentiel. Mais pourquoi le prendre dès lors que, comme le souligne la  Bundesbank (Rapport du 23 février), un krach boursier aux Etats-Unis aurait un impact très négatif sur la croissance mondiale à cause du haut degré de dépendance de la consommation des ménages à l’égard de leurs actifs boursiers ?

Devant la fréquence, l’amplitude et l’aggravation de ces risques, Michel Camdessus a de nouveau plaidé pour que le FMI devienne “ le prêteur international de dernier recours ” en cas de crise systémique, et puisse émettre de la monnaie au même titre qu’une Banque centrale. Mais il a cependant souligné qu’en cas de “ conflagration financière majeure, de réelle crise systémique, les ressources du FMI, bien que substantielles, seraient parfaitement inappropriées ”.

Comme le volume quotidien des transactions sur le marché des changes atteint, selon la Banque des règlements internationaux (BRI) 1500 milliards de dollars (données 1998), une régulation par l’action concertée des Banques centrales semble également aléatoire puisque leurs réserves de changes mobilisables, pour les pays du G7, ne s’élèvent qu’à environ 500 milliards de dollars.

Il ne restera alors plus aux Banques centrales qu’à exiger, comme à leur origine, des intermédiaires financiers, et autres banques secondaires, une couverture intégrale de tous leurs dépôts, afin qu’elles retrouvent la pleine capacité à créer et annuler la monnaie en fonction des besoins de la production effective. En attendant, le despotisme financier dirige la planète.

Chômage aux Etats-Unis.Le taux de chômage américain est tombé à son plus bas niveau depuis 30 ans, à 4 %, en janvier 2000. Il convient cependant de signaler que la part de la population active formée des moins de 25 ans a chuté de 25 % en 1980 à 15 % en 2000, vieillissement qui tend à réduire mécaniquement ce taux de chômage. Par ailleurs, si en 1970 deux adultes sur 100 étaient en prison, ils sont aujourd’hui 9 sur 1000. Or la population incarcérée n’est pas comptabilisée dans les statistiques du chômage.

Janpier Dutrieux


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