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19 - Fragments 37-3
LE POUVOIR DES DETENTEURS DU CAPITAL FINANCIER

 Nous avions dernièrement constaté 1 que les groupes s’engagent auprès de leurs actionnaires à leur assurer une rentabilité de 15 % des capitaux investis. Ce taux assure aux détenteurs du capital financier une rente que la croissance du capital physique et la prime de risque accordée généralement à l’investissement ne sauraient justifier.

Pour atteindre cet taux, les gestionnaires de capitaux ont un outil favori : le ROE ou « return on equity », ou rapport entre le résultat net et les fonds propres.

Le ROE, selon Jean-Paul Betbèze 2 atteste du rôle essentiel des actionnaires dans les décisions,  et de l’importance prise par  la conception  anglo-saxonne dans laquelle la rentabilité du capital est normée à 15 %, et doit s’exercer à court terme (2 ans maxi).

 Mais cette exorbitante norme de 15 % est dangereuse car elle cache la vulnérabilité. En effet, d’une part, pour satisfaire les actionnaires et atteindre ce ratio, l’entreprise peut sous-estimer ses pertes ou ses charges futures (sous provisionnement, sous formation).

D’autre part, ce taux repose sur un numérateur calculé de façon temporaire (sur 2 ans maxi), voire surévalué (cf. remarque précédente), mais sur un dénominateur permanent, et sous-évalué. Ainsi, comme l’emprunt qui vient soutenir les fonds propres n’apparaît pas au dénominateur, le ROE pousse à l’endettement.

Par ailleurs, ce taux de 15 % favorise les placements en actions au détriment du marché obligataire public qui n’a plus comme seul recours que  d’accroître ses taux  pour le plus grand malheur des contribuables, déjà pénalités comme salariés.

Enfin, avec une croissance nominale du PIB de 3 à 5 %, exiger du capital un rendement triple implique que demain « le profit absorbe le produit », ce qui n’est évidemment pas soutenable à long terme.

 C’est pourquoi Jean-.Paul Fitousi, directeur de l’OFCE, souligne que « les exigences de rendement des entreprises - de retour sur fonds propres des actionnaires - sont excessives, voire exorbitantes », et conseille aux actionnaires de revenir à davantage de raison afin que la marge de l’emploi dans un premier temps, et des salaires, puisse s’accroître 3.

Il entend ainsi .dénoncer la confusion entretenue par les chefs d’entreprise « entre la création de valeur, activité noble s’il en est, et la captation de la valeur, une fois créée, qui l’est beaucoup moins ». Il écrit notamment : « il peut arriver que « la création de valeur pour les actionnaires  repose sur une destruction de valeur pour la société. Ainsi en est-il des programmes de licenciement ou de mise à la retraite anticipée lorsqu'ils contribuent à accroître la valeur des actions, alors même que leur motivation est à court terme. (...) Il faut appeler un chat un chat. La « création de valeur pour les actionnaires » est synonyme d’une augmentation de la rente qui leur est servie. Or la rente consiste (...) à détourner à son profit la valeur créée par d’autres ».

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1 : « Mondialisation et concentration », Fragments n°36, page 3.

2 : Directeur des études financières du Crédit Lyonnais (Le Monde du 4 mai 99)

3 : Le Monde du 10 juin 1999.

4 le Monde du 5 juin 1999


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