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15 - Fragments 36-2

MONDIALISATION ET CONCENTRATION

 OPA, fusion acquisition. raid BNP sur la Société Générale et Paribas, alliance Renault Nissan, Deutsche Telekom, Télécom Italia.. Il n’est pas de jour sans rachat ou fusion qui ne vienne alimenter la concentration capitalistique amplifiée par l’arrivée de l’euro en Europe.

Ce changement de dimension contraint les firmes à une réorganisation totale de leurs modes de production. Les grands groupes financiers et les multinationales en tirent bénéfice, fusionnent, externalisent leurs coûts et délocalisent. Pour ceux-là, la taille mondiale atteinte grâce aux concentrations,  est la seule qui permette de rentabiliser le capital investi. par des actionnaires auxquels ils ont promis une croissance de 15 % de leurs bénéfices 1.

 La logique de rentabilité financière l’emporte ainsi sur la logique industrielle et donc sur les emploi (Elf à Pau).

La tentation de se rapprocher est d’autant plus grande que les groupes savent que sur le long terme les engagements pris auprès de leurs actionnaires de leur assurer cette fameuse rentabilité de 15 % des capitaux investis, chiffre devenu la norme sur les marchés, seront durs à respecter 1.

 Mais pourquoi donc 15 % ?

Tout simplement parce que la pratique anglo-saxonne de l’actionnariat exige des bénéfices plus élevés (minimum de 15 % de l’investissement 1)  et à plus court terme (contrôle trimestriel) que l’actionnariat européen. Il est également plus expéditif en matière de main d’oeuvre.

Sony a ainsi vu le cours de son titre remonter de 8 % le 9 mars 99 après l’annonce de 17.000 suppressions d’emplois (10 % de ses effectifs),

Les fonds anglo-saxons devenus majo-ritaires diffusent alors leurs normes libérales régissant la comptabilité, la gestion du personnel.

 Dans ce contexte de concentration capitalistique, l’augmentation de la capitalisation boursière  des entreprises françaises 2  et européennes qui dégagent à présent d’importants bénéfices est perçue favorablement. En effet, comme ces  de fusions se réalisent par échange de titres, des capitalisations élevées peuvent permettre aux firmes européennes de lancer leurs opérations sans avoir recours à l’emprunt.

Auparavant, à la différence des groupes anglo-saxons qui réalisent leurs rachats par échange d’actions, les firmes européennes payaient en monnaie, quitte à s’endetter lourdement. Aujourd’hui encore, pour investir 33 mds. F dans Nissan, Renault empruntera 20 mds. F. Olivetti s’endettera de 146 mds. F pour s’emparer de Télécom Italia.

Nous voilà rassurés, il restera encore de la monnaie pour s’enfuir du circuit économique  et alimenter la bulle spéculative (cf. article précédent).

Alcatel, soupçonné d’avoir annoncé des bénéfices moindres à ses actionnaires pour favoriser la baisse du cours de son titre afin d’améliorer les conditions d’achat d’une société américaine par  échange d’actions est boudé par les investisseurs,  malgré 2,3 mds. d’euros de bénéfices (0,7 mds. en 1997) .

Alcatel a annoncé la réduction de ses effectifs de 10 % (12.000 emplois) principalement aux Etats Unis.

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1 : Le Monde du 13, 16 et 30 mars 99.

2 : Avant 1992, aucune entreprise française cotée ne dépassait les 100 mds.F. de capitalisation boursière. En 1999, elles sont 13. (France Télécom 526 mds. F ou 80,2 mds.E, L’Oréal 259 mds. F ou 39,4 mds..E, Vivendi 249 mds. F ou 38 mds. E).


(suite "fragments 37") LE POUVOIR DES DETENTEURS DU CAPITAL FINANCIER

Nous avions dernièrement constaté (1) que les groupes s’engagent auprès de leurs actionnaires à leur assurer une rentabilité de 15 % des capitaux investis. Ce taux assure aux détenteurs du capital financier une rente que la croissance du capital physique et la prime de risque accordée généralement à l’investissement ne sauraient justifier.

Pour atteindre cet taux, les gestionnaires de capitaux ont un outil favori : le ROE ou « return on equity », ou rapport entre le résultat net et les fonds propres.

Le ROE, selon Jean-Paul Betbèze (2) atteste du rôle essentiel des actionnaires dans les décisions,  et de l’importance prise par  la conception  anglo-saxonne dans laquelle la rentabilité du capital est normée à 15 %, et doit s’exercer à court terme (2 ans maxi). 

Mais cette exorbitante norme de 15 % est dangereuse car elle cache la vulnérabilité. En effet, d’une part, pour satisfaire les actionnaires et atteindre ce ratio, l’entreprise peut sous-estimer ses pertes ou ses charges futures (sous provisionnement, sous formation).

D’autre part, ce taux repose sur un numérateur calculé de façon temporaire (sur 2 ans maxi), voire surévalué (cf. remarque précédente), mais sur un dénominateur permanent, et sous-évalué. Ainsi, comme l’emprunt qui vient soutenir les fonds propres n’apparaît pas au dénominateur, le ROE pousse à l’endettement.

Par ailleurs, ce taux de 15 % favorise les placements en actions au détriment du marché obligataire public qui n’a plus comme seul recours que  d’accroître ses taux  pour le plus grand malheur des contribuables, déjà pénalités comme salariés.

Enfin, avec une croissance nominale du PIB de 3 à 5 %, exiger du capital un rendement triple implique que demain « le profit absorbe le produit », ce qui n’est évidemment pas soutenable à long terme.

 C’est pourquoi Jean-.Paul Fitousi, directeur de l’OFCE, souligne que « les exigences de rendement des entreprises - de retour sur fonds propres des actionnaires - sont excessives, voire exorbitantes », et conseille aux actionnaires de revenir à davantage de raison afin que la marge de l’emploi dans un premier temps, et des salaires, puisse s’accroître (3).

Il entend ainsi .dénoncer la confusion entretenue par les chefs d’entreprise « entre la création de valeur, activité noble s’il en est, et la captation de la valeur, une fois créée, qui l’est beaucoup moins ». Il écrit notamment : « il peut arriver que  la création de valeur pour les actionnaires  repose sur une destruction de valeur pour la société. Ainsi en est-il des programmes de licenciement ou de mise à la retraite anticipée lorsqu'ils contribuent à accroître la valeur des actions, alors même que leur motivation est à court terme. (...) Il faut appeler un chat un chat. La « création de valeur pour les actionnaires » est synonyme d’une augmentation de la rente qui leur est servie. Or la rente consiste (...) à détourner à son profit la valeur créée par d’autres ».

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1 : « Mondialisation et concentration », Fragments n°36, page 3.

2 : Directeur des études financières du Crédit Lyonnais (Le Monde du 4 mai 99)

3 : Le Monde du 10 juin 1999.


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