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7 - DE LA PÉNURIE A L’ABONDANCE

Comment nous sommes passés d'un régime de pénurie à un régime d'abondance.

Lorsque Denis Papin découvrit les propriétés dynamiques de la vapeur d’eau, l’humanité se trouva engagée dans une aventure dont les conséquences bio-sociales ne tarderaient pas à s’affirmer: La productivité de son travail s’en trouva multipliée, faiblement d’abord, puis à une cadence accélérée. Il devait s’ensuivre ce qui s’est produit: à un régime de pénurie se substitua un régime d’abondance.

Cette substitution ne s’est guère faite sur le terrain économique. Nous sommes restés si bien adaptés au régime économique et social de la pénurie, qu’impuissants aujourd’hui encore à nous accommoder de l’abondance, nous recréons artificiellement la pénurie lorsqu’elle menace de nous faire défaut.

Qu’est-ce donc que le régime biologique de la pénurie? C’est le régime de la "sélection naturelle", qui élimine les faibles. Deux savants illustres, Malthus et Darwin, ont observé et décrit les déterminismes du régime biologique de la pénurie. Malthus affirme:"La nature produisant plus de bouches que d’aliments, la faim est, et restera, le régulateur naturel de la démographie. La faim sera pour jamais, le mal souverain des humains".
"Pardon!" rétorque Darwin, "c’est au contraire leur bien. La sélection naturelle assure la survie des plus forts. C’est ainsi que l'Evolution progresse..."

Rien n’a jamais été plus simple que le régime de la pénurie: Nul n’y peut consommer qu’au détriment des autres.

Quand règne ce régime, quiconque fait un repas, réduit d’autant la part de quelqu’un. Le rôle des économistes et des chefs d’entreprises est clair: il s’agit d’obtenir le plus de production au moindre coût. Certes, il y faut du doigté: "Prenez garde", disait RICARDO aux patrons "les morts ne produisent rien. Donnez à vos ouvriers juste assez pour que votre main-d'œuvre reste bon marché..."

Pour n’avoir pas à tuer, à mettre à mort les excédents de population, il fallait bien en charger la nature, et cela veut dire encourager la misère sous toutes ses formes. Pour que vivent quelques-uns, il fallait que des milliers crèvent de faim, de froid, de privations. De quelles sanctions épouvantables, auprès desquelles mourir de faim serait doux, ne fallait-il pas faire peser la menace sur ces condamnés pour qu’ils ne se révoltent pas ? Comment nos pères auraient-ils hésité à noyer dans le sang la moindre velléité d’insubordination?

Le régime biologique de l’abondance, au contraire, est celui où les biens de consommation existent en quantités suffisantes pour satisfaire aux besoins de tous. Le régime de surabondance est celui où les quantités excèdent les besoins.

Mais il ne suffit pas ici que les biens abondent ou surabondent. Il faut, en plus, pour que les consommateurs les achètent, qu’ils disposent d’un pouvoir d’achat.

Et c’est ici que le bât blesse depuis deux siècles.

Pourquoi?

Parce que la dépendance du pouvoir d’achat à la production s’est INVERSEE.

Autrefois le goulet d’étranglement était la capacité productive. La demande existait toujours, quand un tailleur faisait 2 costumes, il gagnait 2 fois plus que quand il en faisait 1. Aujourd’hui, le goulet d’étranglement est la capacité d’investir ou d’acquérir.

è Sous un régime de pénurie, le pouvoir d’achat dépend de la production et il est suscité par elle.

è Sous un régime d’abondance, la production dépend du pouvoir d’achat et elle est suscitée par lui

De nos jours, la production dépend si bien du pouvoir d’achat, qu’on doit la freiner et même la détruire lorsqu’il fait défaut. (destruction de produits agricoles, mises en jachères...)

è Sous un régime d’abondance, le pouvoir d’achat conditionne la prospérité; il détermine la production alors qu’il est déterminé par elle sous un régime de pénurie.

Mais toute la pensée actuelle, que ce soit celle des économistes ou celle du "commun des mortels", reste bloquée aux idées et aux outils intellectuels de la période de pénurie. Et nous n'adapterons nos outils économiques que lorsque nous-mêmes rentrerons dans la "conviction de l'abondance"

Nous pouvons résumer les trois périodes de l'évolution de l'environnement économique dans le tableau

ÉVOLUTION DE L'ENVIRONNEMENT ÉCONOMIQUE

Longue période de pénurie jusqu'en 1960

Période 1960 - 1980

Depuis 1980: début de l'ère d'abondance dans tous les pays industrialisés

ÉCONOMIE DE PÉNURIE

ÉCONOMIE D'ÉQUILIBRE

ÉCONOMIE D'ABONDANCE

DEMANDE SUPÉRIEURE A L'OFFRE MANIFESTÉE

DEMANDE  =  OFFRE

OFFRE SUPÉRIEURE A LA DEMANDE MANIFESTÉE OU POTENTIELLE NON MANIFESTÉE

On encourage la production qui génère le pouvoir d'achat

 

On ne devrait plus encourager la production mais encourager le pouvoir d'achat (les entreprises ne doivent plus recevoir d'aides)

Domaine de la QUANTITÉ (produire plus)

 

Domaine de la QUALITÉ (produire mieux)

Le FOURNISSEUR est roi

 

Le CLIENT est roi

- PRODUCTION dominante:
- Investissements matériels
- production stable
- Le Produit est prioritaire

Production et commercial à égalité

- MARKETING dominant
- Investissements immatériels
- Production instable
- Le Process de fabrication est prioritaire

Produire PUIS Vendre

Produire ET Vendre

Vendre PUIS Produire

Capacité de production optimisée
Stocks et délais importants
Investissement matériel

Apparition Qualité et Valeur

Délais et Cycles optimisés
Flux tendus
Ateliers flexibles
Innovations pour susciter une demande non manifestée
Investissements immatériels

Les prix ont une tendance à la hausse

 

Les prix ont une tendance à la baisse, mais la conséquence est une diminution du pouvoir d'achat des ouvriers

ENTREPRISE PRODUCTRICE

ENTREPRISE COMMERCIALE

ENTREPRISE CRÉATRICE

Nota:

Une petite précision: le débat n'est pas (ici, pour le moment) sur les "risques liés à l'abondance". Les problèmes des conséquences écologiques induits par une surabondance (et donc une surconsomation) sont en eux même certainement les plus graves auxquels notre civilisation va avoir à faire face.

Le but est seulement de démontrer que, dans nos sociétés, depuis le début de la période 1980, ce ne sont plus les capacités de production (en "biens réels") qui font défaut - en effet, car on trouve tout dans les magasins, en abondance - mais les moyens de payement qui eux sont "symboliques". Il n'en était pas de même avant 1960 pour ceux qui s'en souviennent.


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